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Tuesday, 2 February 2016

Mes chers amis de Batangafo :

Mes chers amis de Batangafo :

Demain je ferais sortir votre pagaie par la fenêtre de l´avion et je pagayerai jusqu´à trouver la courant du ciel que m´amènera chez moi avec mon autre famille. Mais avant ça je vais vous envoyer quelques mots qui puissent encore virevolter  à l´hôpital avec vous comme ces oiseaux dorés du palmier à côté du laboratoire et de l´équipe de Jean.

Aujourd’hui je dois mètre dans mon bagage le mortier qui remplira ma chambre en Espagne de l´odeur à aïeul et feuilles de manioc et le toucher doux du bois du pilon tellement caressé. Je porte aussi les cornes du premier bouc que j´ai reçu comme cadeau dans ma vie et que j´ai égorgé pour le partager avec vous comme on a partagé les moments heureux mais les difficiles aussi. Yeke oko ;-)

Il y aura la place pour la chemise et le pantalon que le couturier m´a fait avec une image bénévole de moi un peu plus mince que la réelle. J´espère trouver encore des fêtes ou je pourrais bien danser avant que la chemise exploitera complètement pour la rigolade des amis.

Bien sûr ça seras pas dans un autre bloc opératoire que je trouverais un anesthésiste  en train de danser comme Théo ou un petit chirurgien avec un cœur si grand comme Joseph. Bartholomé ne sera toujours là avec sa radio et son sourire prêt à tout. Angela ne viendrais pas de Canada pour me frapper avec sa natte et je crois non plus que je trouverais un autre Dr Francis qui m´invite à ma propre fête de départ.

J´espère au moins qu’après mes efforts Dr Arnault continuera à danser dans les fêtes à venir et à faire sortir sa langue vipérine dans le moment approprié pour laisser intacte toute sa sagesse et sa tendresse pour nos petits-enfants. Maintenant que je pense sur ça, je vois un style similaire en major Félix et l´équipe inoubliable de la pédiatrie, une aire d´anges gardiens amoureux, protecteurs et implacables quand il faut l´être. Comme Junior, Joao ou Patricia, dures seulement quand il y a besoin. 

Je souhaite que vous soyez tous déjà en train de suivre les conseils de Dr Alain et du délégué pour pardonner les uns aux autres les petits défauts et continuer à travailler comme la grande famille que vous avait réussi à maintenir unie contre la peur, les ruptures, les changements subits et les feux de la guerre. Keté keté

Vous avez développé une patience et tranquillité comme celle du major Marcel, un espoir inébranlable comme ce de Romaric dans les moments plus obscurs et vous avait déjà sorti de beaucoup des problèmes depuis 2006, demandez des exemples à major Clément. Vous êtes vraiment « sans frontières », comme Gaspar, Angie, Didier, Awad et la courageuse équipe de la promo santé et de la périphérie. Et sans perdre jamais la joie ni même l´élégance, comme sage Laure, Nina et l´équipe de la maternité au complet. 

Peut-être « Il faut tout avaler », comme disait major Guy avec la voix puissante de l´empereur Bokassa, mais toujours avec son sourire, avec ce de Bonheur qui peut fait rire même aux ex enfants soldats qui ont tellement souffert, avec celle de tous vous. Avec la sourire géante, transparente et inimitable de la Centrafrique.

Prenez soin de Thierry, Aude et du reste des expats. La Nutella et la bonne humeur d´Albert ne seront pas suffisants sans votre appui, sans le café et l´amour de Jacqueline, sans les blagues des gardiens, des chauffeurs et la grande équipe de la logistique qui ferait encore une fois le miracle de tout reconstruire. 

Zo kwe zo. Un homme est un homme. Je suis seulement un homme qui vous quitte, mais vous êtes une grande famille adorable et invincible. Mes mots partent déjà avec les oiseaux dorés du palmier, et un petit morceau de mon cœur reste avec vous, peut être caché sous le fleuve derrière une de ces masques aquatiques des quelles Isidore m´a raconté des belles histoires. 

Singila à tous. Vraiment Singila mingi. 

Et on reste ensemble, toujours. Yeke Oko.                                                            


Tuesday, 22 December 2015

Qui peut conquérir le cœur de l´Afrique?

Lemonde a commencé déjà a faire une présélection des candidats a gagner l´amour de la République Centrafricaine. Et comme dans tout joute honorable, chaque un a son parrain. Et maintenant on a beaucoup des options, pas comme dans le référendum, selon la nouvelle Centrafrique,


On commence:

- Le candidat de la communauté international  (et Mali et Niger): Martin Ziguélé


Martin Ziguélé, expert en assurances, bénéficie des réseaux de l’Internationale socialiste, qui lui ouvre les portes du Parti socialiste français, de l’Elysée, mais aussi des palais présidentiels d’Ibrahim Boubacar Keïta au Mali, d’Alpha Condé en Guinée et de Mahamadou Issoufou au Niger.

Pour ça, beaucoup des centrafricaines pensent que qui que ce soit qu´ils votèrent, la communauté international va faire le nécessaire pour que son candidat soie choisis. Mèmme si -comme on disait dans le dernier post- ils le jettent des pierres même dans son village, parce que après ses déclarations de qu’il ferait un pacte avec le diable pour renverser l'ancien président, est associé avec le groupe armé Séléka de majorité musulmane.

- Le "heritier" de Patassé: Anicet Georges-Dologuélé


Président de la Banque de développement des Etats d’Afrique centrale, il a eu à gérer -selon Le monde- plusieurs affaires de malversations et de corruption impliquant l’institution. Jamais condamné, il s’est toujours dit étranger à ces montages. 

Il a créé son parti, l’Union pour le renouveau centrafricain (URCA), dérivé du MPLC et -encore suivant Le monde- cette économiste de formation a axé sa campagne sur la nécessité de rétablir la sécurité et la justice pour pouvoir mettre en œuvre un programme économique ambitieux, attirer les investisseurs et créer de l’emploi.

- Le candidat du Chad et fils de l´expresident: Bilal Désiré Nzanga-Kolingba


Appart de sa manque de charisme et d´être mêlé dans une affaire de détournement de 20 millions de francs CFA déboursés en 2010 par le Trésor pour une couverture médiatique du cinquantenaire de l’indépendance, ce chrétien converti à l’islam, parais avoir l´appui des ex-Séleka et du chef d’Etat tchadien, Idriss Déby. Appui curieux pour un ancien ministre de Bozizé.

En plus, comme économiste il a travaillé pour le Banque Mondial. Qui connais quelles autres surpris peut il nous donner.

- Le candidat du Congo-Brazzaville: Karim Meckassoua


Ingénieur ergonome de formation lie au secteur minier et musulman, il est né à Bangui dans une famille de Haoussa au Nigeria. Théoriquement indépendant mais accusé de participer dans le coup contre Patassé et cinq fois ministre avec Bozizé.

Selon Mayte, il pourrais gérer rigoureusement les différentes donations et autres financiarisations de la Communauté internationale soumise à une kyrielle de mesures drastiques.

Mais, appart de la sélection de Le monde, il y a beaucoup des autres, par exemple:

- Pour ces qui voulaient voter à Bozizé, ils peuvent voter aussi à son ex premier ministre: Faustin Archange Touadéra


Ancien recteur de la université de Bangui, il peut être voté pour ceux qui voulaient voter à Bozizé avant d´être exclu du processus électoral, comme j´ai pu vérifier ici à Batangafo. Il représente le meme parti La Convergence nationale - Kwa Na Kwa « le travail rien que le travail », un parti que se présente comme social-démocrate.

- Aussi une candidate, la seul femme: Régina Konzi-Mongot 


Comme elle dit dans son entretien pour Courrrier des afriques, « Tout est urgent en République Centrafricaine ». Ministre-Conseiller en charge des Urgences Humanitaires. Et ces urgences -pour elle- "sont notamment des Centrafricains qui errent dans la brousse, des Centrafricains qui vivent difficilement dans les différents sites de déplacés du pays, des Centrafricains refugiés dans différents pays et qui vont devoir rentrer un jour, des enfants centrafricains qui ne vont plus à l’école depuis des années, 8 hôpitaux du pays qui sont des hôpitaux du jour sans personnel soignant et sans médicament". 

Cette professeur d´anglais ne propose rien de concret dans l´entretien, mais au moins parais qu´elle connais les problèmes. Un bon commencement. 

- Et pour finir avec quel q´un, le respecté ancien maire de Bangui: Emmanuel Olivier Gabirault

Dans son page web, ce diplômé en relations internationaux mais aussi en construction, explique -trop dense et logement- ses "douze solutions fondamentales pour reconstruire la République Centrafricaine". 

L´une que me surprends plus et que "dans le cadre de la politique de lutte contre le chômage de jeunes diplômés, ceux qui ne désirent pas faire carrière dans la fonction publique ou qui n’ont pas satisfait au test de sélection pour y entrer, auront la possibilité de s’orienter vers la création de petites et moyennes entreprises, petites et moyennes industries, avec l’aide de l’Etat et de la communauté internationale." On verrais. 

Je m´arrête ici. Pour ceux qui ne pensent pas que Zigelé va a être élu quoi que se soit, voilà sept des trente candidats au cœur de la belle Centrafrique dans cette fête de la démocratie logement désiré (Patassé a été le seul président élu d´une faison qu´on peut appeler démocratique).

On espère que la musique des balles ne soie plus forte que le chant de liberté et paix de ces centrafricaines qui -comme on disait dans le dernier post- veulent seulement cultiver ses champs et renvoyer ces enfants à l´école.

I Yéké Oko, on est ensemble Centrafrique, bon courage!


Monday, 5 October 2015

Ramassant les pièces du puzzle centrafricain.

Depuis samedi passé il y a 40.000 nouveaux déplacés à Bangui, 800 prisonniers qui se sont échappés de la seule prison qui fonctionnait à la capitale, il y a des centaines de blessés y plus d'une trentaine de personnes sont mortes. Le frère d'une des victimes continue à travailler avec moi à l'hôpital. Quand j'apprendre la nouvelle, je lui dis qu'il peut rentrer chez lui. Il me remercie avec un air résigné, digne et triste. Mais il reste à son poste.

Aujourd'hui le nombre de twits à  propos de #CARcrisis s'est réduit un peu et la plus part parlent d'un calme tendue. Dans la salle de la télé, les pièces d'un puzzle énorme ont trouvé sa place grâce à l'immense patience de Angela. Je viens de finir un livre intitulé "Making sense of the Central African Republic", quelque chose du genre "comprendre la République Centrafricaine". Voyons si j'ai réussis. 

Un peu d'histoire.

La première chose que j'ai appris est que depuis le dix-neuvième siècle, le pays a été très influencé par le Tchad, avec son sultanat esclavagiste qui a fait ses preuves par ici. Cela ne me surprend pas que dans l'histoire récente du Tchad, ils aient considéré qu’ils pouvaient s´entremettre et enlever des présidents a leur volonté. Demandez à Bozizé. Élevé au pouvoir par Déby, l'éternel président du Tchad, a été renversé ensuit par le milices Seleka, intégrées en partie par des mercenaires tchadiens, et remplacé par Michel Djotodia.

Déby, président du Tchad depuis 1990
Bozizé, président de la RCA de 2003 à 2013
Djotodia président de la RCA de mars 2013 à janvier 2014
La deuxième est que pour les français, ce qu'ils ont dénommé Oubangui-Chari, était né en fait comme un accident de l'histoire coloniale. Je m´explique. Les français voulaient contrôler l'Afrique depuis le Sénégal jusqu'à Djibouti, d'Ouest en Est, pour freiner les ambitions des anglais de contrôler l'Afrique du "Cape au Caire".

Pour ne pas trop tendre l'histoire : les français, après être arrivés jusqu'à Fashoda avec une expédition aventureuse, composée par de milliers de porteurs, mais que 150 solaires, quand ils se sont retrouvés avec les anglais, ils ont fait demi-tour sans que ceux-ci aient à tirer un seul coup de feux (supériorité navale britannique, les cas de Dreyfus en France...). Au moins, les anglais ont eu le détail de changer le nom de la ville pour que les français n'en souffre pas trop. Fashoda est à présent Kodok, et elle se trouve en Sud Soudan.  

Mais retournons en RCA. Le fait est que les français s'étaient déployés dans cette région,  et elle est devenue le ´cul de sac´ de son axe rêvé ouest-est. Et on dirait que ça continue à l'être :-(

Avec ces débuts et l'exemple de la voisine Congo belge ne surprend pas la manque de discrétion de la France pour laisser le pays dans les mains d'entreprises sans scrupules en échange de 15% des bénéficies obtenus. Et cela surprend encore moins l'exploitation sauvage des ressources tel que le bois, les nommés diamants de sang ou d'autres ressources et réserves naturels que chaque groupe (furtives et groupes armés anti-furtives où se sont formés quelques des rebelles du pays tel que le chef Seleka Joseph Zibdeko) a réalisé en absence d'une autorité central forte.

Cela semble facile; un classique. Cependant, pour mieux comprendre où placer les autres pièces du puzzle centrafricain, nous devons bien savoir où placer la République Démocratique du Congo. Avant que toute l'attention se porte vers le Nord,  au Tchad de l'autre côté du fleuve Chari, le voisin naturel se trouvait au Sud, de l'autre côté du fleuve Oubangui qui baigne la capital. Il ne fessait aucun doute quand Mobutu, l'ex-dictateur du Congo disait que Bokassa (empereur auto-proclamé de la RCA) était son frère mais que Kolingba (de sa même ethnie, Yakoma) était son fils.

Mobutuprésident du Zaïre de 1965 à 1997
"Empereur" Bokassaprésident de la RCA de 1966 à 1976
Kolingba, président de la RCA de 1981 à 2003
(Ils disent que Mantion, "proconsul" français étais le vrai chef)
La "famille congolaise" se casse quand Patassé, le seul président centrafricain qui a été élu démocratiquement, s'est associé avec Bemba, le dirigeant du MLC et en opposition au président Kabila. Cela est aussi vrais que Patassé, le plus charismatique et selon les mauvaises langues, quelqu'un qui aimait bien les fêtes, risquait aussi bien avec les amitiés qui fréquentait, tels que Gadaffi pour freiner l'influence du tchadien Déby. Mais le jeux n'est bien tourné et Déby a finalement aidé Bozizé à obtenir la présidence.

Patassé, le seul président démocratiquement élu de la RCA. Il a gouverné de 1993 à 2003
Au pillage de la France, qui n'a jamais disparu, les pressions du Congo en premier et du Tchad après, l'effet d'autres conflits voisins tels que celui de Dafur et la présence de groupes armées comme la Lord Resistance Army de l´ougandais Joseph Kony, aux conflits des agriculteurs locaux avec les nomades peuls, il faut rajouter une pièce qui paraît ne pas avoir une place dans ce puzzle: presque une douzaine de "missions de paix" internationales qui ont pris place par ici depuis les années quatre-vingt-dix jusqu'à la MINUSCA actuelle (avec la Sangaris française toujours présente).

Comment c´est possible que telle quantité des institutions, pendant autant de temps ont fait tellement peu?

Dans le livre de Tatiana Carayannis et Louisa Lombard, elles parlent de "l'accordéon de l'aide" qui arrive de façon abondante quand la situation est déjà désastreuse, mais qui disparaît avant même que les problèmes de fond commencent à se régler: sécurité, un développement économique qui arrive à la population, des institutions pas corrompues et stables... Les 400 millions d'aide humanitaire d'émergence qui ont été utilisé en 2014 sont trois ou quatre fois de plus que l'aide destinée au développement. En lieu, nous avons le circuit vicieux d'acteurs internationaux qui veulent partir le plus tôt possible et quelques élites locales qui ne veulent pas renoncer à leur privilèges dans un pays plus grand que la France, mais avec une population d'environ 4 millions de personnes qui vivent dans la pauvreté la plus absolue et avec une espérance de vie de seulement 47 ans. 

Peut-être l'exemple le plus claire se soit les 27 millions de dollars du fond  pour le programme de Désarmement Démobilisation et Réintégration que, comme ces derniers jours ont démontré, n'a pas vraiment servis à désarmer mais plutôt au contraire. La lenteur du processus du côté des élites pour continuer a recevoir de l'argent en plus de la résignation des donneurs a permis a beaucoup d'individus de joindre les groupes armées avec la promesse de l´argent à recevoir dans le future de les programmes du DDR.

Avec toutes ces pièces du puzzle, on commence à mieux comprendre la violence déclenché à la fin du 2012 et pendant le 2013 pour l'alliance des groupes Seleka du Nord oublié de le RCA, de majorité musulmane  (quelques ex-policiers antifurtives y d'autres mercenaires tchadiens) qui ont renversé le président corrompu Bozizé et sa famille installée au pouvoir. Notamment, la réaction Anti-Balaka, de majorité chrétienne qui répondra avec encore plus de brutalité et qui a fait renversé en une année le pouvoir du président Djotodia.

Ils manquent cependant les même pièces de toujours pour que le puzzle centrafricain ne saute pas en l'air chaque fois que les uns ou les autres donnent un coup de poing sur la table régionale. Est-ce que la communauté internationale et la MINUSCA des erreurs passées? Quelle influence aurait-il dans le processus la possibilité de vendre les diamants de sang? Est-ce que la présidente de transition, Catherine Samba-Panza trouvera-t-elle les pièces de paix, stabilité et fiabilité institutionnel dont le pays à besoin avant que des élections plus au moins démocratiques soient organisées?  

Cela paraît assez peu probable quand elle même à été impliquée dans un cas de corruption sur la concession des droits d'exploitation des diamants à la fille du président angolais Dos Santos, après que Angola avait donné 10 millions d'aide au développement et 5 millions encore qui sont disparus dans le parcours. Ou chaque fois qu'un médiateur comme le président du Congo Brazaville, Sassou Nguesso, regarde plus pour l'appui de la France pour son troisième mandat que pour la résolution des problèmes de la population. 

Catherine Samba-Panza, présidente de transition de la RCA depuis 2014

Mais tous les jours, quand je parcours la même route de terre que devient un fleuve chaque fois qu'il y a un orage, et que cependant tous les jours c'est à nouveau une promenade où enfants et adultes de sourires et espoir infatigables te saluent par ton prénom, je comprends qu'il y a encore des pièces de ce puzzle qui ne sont encore pas dans le livre que je viens de finir. Je croix que je commence à apercevoir un petit bout de ce merveilleux puzzle. 




 Et chaque fois que je regarde mon collègue qui continue à prendre soin des malades malgré que son frère vienne d'être tué dans les incidents de la semaine dernière, j'ai aucun doute que quand nous tous serons capables d'apporter notre contribution pour que toutes les pièces du puzzle trouvent sa place, les centrafricains pourront finalement profiter de son paradis entre le fleuve Oubangui et Chari.



[Entré traduit au français par mon amie Isabel. Merci beaucoup Isabel !!!]

Saturday, 14 June 2014

L’indomptable Ken Bugul, la lionne de la littérature africaine

[Traduit de la version original espagnole par Anissa Dab (Merci Anissa!!!)]

Pieds nus, et avec son simple boubou blanc à pois colorés, apparaît au milieu des ouvriers Ken Bugul, avec retenue, comme si elle voulait feindre une vieillesse qui ne l’avait pas encore atteinte.

Nous entrons dans sa maison, sobre et confortable, dont le seul “excès” est un splendide trône du Benin entouré d’étagères de livres, et nous commençons tout de suite à parler de son livre Le Baobab fou ; de la magie des baobabs sacrés qui protègent et punissent le peuple qui les vénèrent, qui rient, pleurent et rêvent avec ce peuple ; et aussi de SON baobab (un véritable baobab en particulier) auquel elle cherchait à s’identifier à cause de la solidité et de la force de ses racines.

- Je l’ai tué. Il est mort pour que je puisse vivre…

Cela ne me servait à rien de connaître l’histoire du roman, sa propre histoire à elle. Une petite fille séparée de sa mère prématurément et sans explication. Une jeune femme qui, alors qu’elle avait réussi à partir pour l’occident, n’y trouve pas ses racines perdues. Une femme qui, en rentrant dans son pays, retrouve son baobab, toujours debout, qui a l’air toujours vivant, mais…

« J’avais rendez-vous avec le baobab, je n’y suis pas allée et je n’avais pas pu le prévenir, je n’ai pas osé. Ce rendez-vous manqué l’a rendu très malheureux. Il est devenu fou et mourut peu de temps après. » (page 181)

C’est vraiment arrivé ? Un baobab peut mourir de chagrin ?

- Pas UN baobab, LE baobab. Au Sénégal on voit beaucoup de baobabs, des arbres comme n’importe quels autres. Mais dans chaque village il y a un baobab sacré, un arbre complètement lié à la vie des gens de ce village qu’il connaît et qu’il protège. Et lorsque d’un seul coup, sans tomber malade avant, il meurt et tombe au sol, les gens savent qu’il est mort pour les sauver d’un grand danger.

Dans mon cas, je sais qu’il est mort pour que je puisse, après mon expérience traumatisante, commencer une nouvelle vie. 

Je fais le commentaire que le livre a l’air d’être écrit en pleine crise émotionnelle, avec une structure parfois démembrée qui exprime très bien les sentiments du personnage.

-Lorsque j’étais en Belgique j’écrivais très peu, seulement quelques notes, nostalgiques de mon village natal, qui avaient aussi un baobab dans leur titre. Mais le livre je l’ai écrit dix ans plus tard, après l’expérience terrible que j’avais vécu en France - maltraitée par l’homme qu’elle aimait, racontée postérieurement dans Cendres et Braises - et dont je suis sortie à ramasser à la petite cuillère.

Certains de mes amis avaient gardé mes notes. Je leur ai demandé qu’ils me les envoient mais je me suis rendu compte que cette histoire n’était plus celle que je voulais raconter, et ainsi j’ai écrit le livre sans consulter ces notes.

Et comment avez-vous réussi à vous "enraciner" à nouveau ? -demandai je, pétrifié dans mon fauteuil, fasciné par la force de cette femme si courageuse -Avez-vous essayé de reprendre contact avec votre mère ? 

-Tu dois prendre en compte l’importance de la pudeur en Afrique. Tu ne peux pas aller directement voir ton père ou ta mère et leur dire que tu te sens abandonné ou quoi que ce soit. Il existe la figure de l’oncle maternel pour parler à la mère (ou de la tante paternelle pour parler au père), mais dans mon cas il était déjà mort, je ne pouvais donc pas passer par lui.

Ma relation avec ma mère n’était pas froide, mais elle n’était pas non plus intime. Et c’est quelque chose que je n’ai jamais pu récupérer. Quand je suis revenue de Belgique j’ai vécu avec des amies, pas avec des membres de ma famille, j’étais déjà une femme indépendante. Mais par chance il existe d’autres racines, une autre union avec son village et sa terre natale. 

Pour sortir de ces souvenirs douloureux, mais tout en continuant à discuter de son premier livre, elle loua sa fierté en parlant de la bisexualité/homosexualité, lorsqu’elle découvrit que son compagnon en Belgique avait des « tendances homosexuelles », et elle le compare à un « esclave de la famille ».

- Mais autrefois, l’homosexualité était totalement acceptée au Sénégal! - me répondit-elle en riant. - Gor-Djigen, comme on l’appelait, homme-femme, était respecté malgré ses manières - et elle se mit tout naturellement à imiter les gestes et les façons de parler de son "esclave". Je pense que son génie comique est l’aspect le plus méconnu de cette femme aux multiples facettes, mais elle remplit de moments tordants le reste de la conversation.

En Afrique nous continuons d’appeler gentiment "esclaves" les descendants des véritables esclaves qui appartenaient à la famille. Ou bien aux cousins paternels qui en théorie sont nos esclaves. Mais ils aiment bien cela, c’est une façon pour eux de se sentir "liés" à la famille. L’appartenance, le fait d’avoir sa place dans la société est très important. 

Par exemple, quand tu t’en iras, ma fille pourrait venir me dire – et à nouveau elle reprit son rôle d’interprète – qui est ce badolo qui est venu à la maison à une heure pareille et sans apporter ni pain ni rien pour nous inviter à petit-déjeuner ? -et on se mit à rire tous les deux, moi un peu "pris en flagrant délit" par cette accusation soudaine !

"Badolo" est un terme dépréciatif bien que parfois il soit utilisé gentiment, pour faire référence à un homme commun, qui n’a pas de caste, qui n’est ni griot, ni de famille royale, ni artisan…D’ailleurs les griots pour l’embellir, quand ils veulent te faire payer un petit quelque chose en chantant tes louanges t’appeleraient "guer", c’est un euphémisme. Comme tu n’as pas de caste, tu devrais être un érudit ou quelqu’un d’important. 

- Et vous, de quelle caste êtes-vous ?

Badolo affirma-t-elle, et nous éclatons tous les deux de rire.

Il faut aussi tenir compte du fait que durant la crise des années 80 et les plans d’ajustement structurels très durs imposés par la Banque mondiale, le Sénégal a du demander de l’argent aux pays arabes, qui ont envoyé des "infiltrés" dans notre pays, qui essayèrent d’implanter leur façon de voir la religion, la sharia… Et c’est en partie pour cela que le Sénégal souffre aujourd’hui de "squizophrénie" perdu entre ses propres traditions, les différentes versions de l’islam et le capitalisme. C’est bizarre que l’on parle de cela maintenant en référence au "Baobab" alors que c’est le thème du livre que je viens de terminer. 

Mais avant que la conversation ne s’engage vers l’actualité, je ne veux pas manquer l’occasion de lui poser des questions sur l’expérience qu’elle raconte dans Riwan ou le Chemin de Sable, où au retour de son expérience traumatisante en France, la femme "libérée" et occidentalisée devient…la 28e femme d’un marabout !

- Ce fut une expérience merveilleuse. Mais je n’étais pas exactement son épouse. Un marabout, comme tous les musulmans, ne peut avoir que quatre femmes. Une doit venir de sa propre famille, une autre d’une famille érudite, une autre d’une famille royale et la dernière d’une famille différente. Les autres sont "taco", ce qui signifie "le lien" - répète-t-elle en serrant les poings avec force pour souligner l’importance de ce "quelque chose" immatériel qui les unit.

Je le connaissais depuis petite. Et quand je suis revenue de France dans un état lamentable, tout le monde me rejetait (c’est pour cela qu’aujourd’hui je ne dis presque à personne que je suis là, c’est dur d’oublier comment ils m’ont traitée). Je vins à lui pour recevoir une aide spirituelle et il m’a soutenu et donné des conseils et de la tendresse. Un jour il me proposa le "taco". Mais cela n’a rien à voir avec le sexe, il avait déjà plus de quatre vingt dix ans ! Et moi je ne vivais même pas avec lui. J’allais le voir presque tous les jours, à pieds, et c’est pour cela que le livre s’appelle "le chemin de sable". 

Le marabout accueille souvent chez lui des femmes rejetées par la société et il se lie à elle pour les valoriser, leur donner confiance en elles. Imagine, non seulement il te dit que tu vaux quelque chose, mais en plus il décide de se lier à toi. Cela te fait reprendre beaucoup de confiance en toi. 

En plus, les autres femmes du marabout m’ont beaucoup appris. A moi, supposée femme "libérée" - on revient au mime – mais qui comme tant d’autres femmes en occident était obsédée par l’idée "d’avoir" un homme, dominée par l’idée de possession et par la jalousie.

"Mariétou, occupe toi de toi" me disait-on en se riant de mes histoires en occident, où tout le monde attend le prince charmant. "pourquoi attendre ?" Et ils avaient raison. Partager la vie de ces femmes m’a apporté la paix nécessaire pour refaire ma vie, lire, écrire, et m’occuper de moi.

La conversation dérive vers les mariages bourgeois d’antan en Europe, où les époux avaient des chambres séparées, ce qui paraît indispensable à Ken Bugul.

- Moi, je peux seulement aimer quelqu’un qui soit supérieur à moi d’une certaine façon. Qu’il ait une passion. Ou plusieurs. Un musicien, un peintre comme Picasso (enfin, non, il avait un caractère trop spécial), mieux, Dali. Quelqu’un qui n’ait pas besoin de moi tout le temps, que me laisse avoir ma vie. L’important c’est que lorsque nous sommes ensemble, notre conversation, notre "lien", soit spécial. 

Ce que je veux c’est un amant,  pas un mari » – conclut-elle, catégorique et souriante.

- Et vous pourriez accepter d’être la seconde femme de quelqu’un? 

- Pfff –elle s’incline dans son siège – ça c’est seulement pour les grandes personnalités, un génie, un marabout…qu’ils en soient capables. Mais oui, si je peux faire ma vie et que lorsque nous sommes ensemble, le lien est spécial, oui, ça me convient – ponctue-t-elle d’un sourire un peu ironique.

C’est impossible d’écrire tous les thèmes qui surgirent dans la conversation, ni comment on en vint à parler de nous retrouver dans l’Himalaya, son grand projet.

- Moi je vais monter sur la cime de l’Himalaya, même si cela doit me prendre le reste de la vie – dit-elle sans se troubler. Et si elle n’était pas Ken Bugul, personne ne croirait qu’elle parle sérieusement…

Ken Bugul, qui en wolof s’signifie "celle que personne n’aime" (parfois utilisé comme stratagème pour libérer un enfant d’une mort prématurée qui l’attend), m’assoit sur le trône du Bénin pour une photo, me serre dans ses bras et m’accompagne, pieds nus, vigoureuse, en saluant les ouvriers par leur nom. Elle ne peut plus cacher son énergie débordante et quand la voisine s’approche pour lui raconter se problèmes et lui demander conseil, il est clair que son nom d’artiste n’a rien à voir avec la réalité de l’amour et de l’admiration qu’elle inspire.

Elle ne s’en va pas, une fois m’avoir mis dans le taxi –le chauffeur est un aspirant gendre, m’informe-t-elle – avant de m’avoir donné deux bises et m’avoir serré la main gauche, pour assurer que nous nous reverrons.

Il va donc falloir que je commence à préparer mes bottes pour l’Himalaya…


Le médecin qui lisait à Chinua Achebe

Originalement: José Naranjo | 04-11-2013  http://blogs.elpais.com/africa-no-es-un-pais/2013/11/el-m%C3%A9dico-que-le%C3%ADa-a-chinua-achebe.html

Traduit par: Sara Ortega Nieto (merci Sara!!)

Chateau d´Elmina, canon et César Pérez

Pouvez-vous imaginer de faire un voyage où, en portant seulement un sac-à-dos, vous sortez de l'Afrique du Sud, vous passez par Botswana, le Zimbabwe, le Mozambique, la Tanzanie, le Burundi, le Rwanda, l'Ouganda, le Kenya et l'Éthiopie, pour aller plus tard vers le Sénégal et continuer par Mali, Burkina Faso, Bénin, Togo, Ghana, Nigéria et encore plus loin ? Un voyage où vous connaissez des centaines de personnes, découvrez des cultures incroyables et vous profitez du meilleur (et du pire) de l'Afrique? Arrêtez donc d'imaginer car je vais vous présenter à César Pérez, le médecin de Burgos qui est tombé amoureux de la littérature africaine et qui a commencé son histoire d'amour avec ce continent là où doivent commencer les bonnes histoires d'amour, par la passion de la découverte en première personne, sans intermédiaires.

Mais commençons par le début. D'après ses propres paroles "je suis né à Burgos un froid 18 Décembre de 1980". Après avoir étudié la médecine à l'Université Complutense de Madrid, et avoir fait sa spécialité de médecine générale à l'Hôpital Doce de Octubre à Madrid, il commença à travailler dans le centre de soins Guayaba. Toujours inquiet, il s'est impliqué dans le mouvement  Yo sí Sanidad Universal (moi oui santé universelle), à partir duquel il essayait de promouvoir l'assistance aux immigrants sans papiers contrairement aux mesures du Gouvernement. Mais César, amoureux de la littérature, trouva du temps là où il y en avait pas pour faire le Master d'études littéraires de l'Université Complutense. Lecteur acharné d'auteurs africains tels que Chinua Achebe, "le grand pionnier" d'après ses mots, Ben Bokri ou Mia Couto, ses préférés, l'idée de voyager en Afrique dès qu'il finisse son spécialité commença à lui tourner la tête. "J'étais fasciné par ce continent, sa culture traditionnelle, et je voulais y faire un voyage sans une date de retour fixe. Mon précédent grand voyage, après avoir fini ma licence, fût en Inde. J'avais adoré, mais j'aurais voulu ne pas avoir un billet de retour. Et de là l'idée".



Je lui avais connu à Bamako, à la moitié de son périple. Un ami commun qui habite au Sénégal m'avait écrit un jour pour me dire que César arrivait la semaine même, et que je devais jouer pour lui le Cicerone. Nous sommes allés prendre une bière et un sandwich de brochettes au Zira,un local situé dans le quartier de l'Hippodrome. Et il commença à me raconter. Et je ne pouvais pas arrêter de l'écouter. "C'est quoi le meilleur qui t'est jamais arrivé ?", je lui ai demandé. "Tout", il m'a répondu, "dès le saxophoniste de Cape Town qui depuis le premier jour m'invita à une barbecue chez lui, regarder les baleines se réunir dans la pointe du continent, un hippopotame qui rentre tranquillement dans ton auberge à bord du delta de Okawango, sauter dans le vide dans les Chutes Victoria, nager avec les dauphins au Mozambique  après avoir quitté le peintre errant qui t'a accueilli dans sa maison, voir les lions dans l'espace infini du Serengeti, s'échapper d'une situation délicate entouré de massais avec des machettes - tout grâce aux amis, comme d'habitude-, dormir dans le même lit avec un soldat tutsi de ceux qui ont libéré la ville après le génocide rwandais, qu'on te propose faire du espionnage industriel... ou qu'une pharyngite devienne une aventure au milieu des tribus du sud de Éthiopie, sans l'électricité ni réseau mobile, où les enfants couraient épouvantés quand j'enlevais mon t-shirt car ils n'avaient jamais vu un blanc avec des poils dans la poitrine".

Et il continuait à raconter et raconter. "Et le changement en Afrique de l'Ouest, la sensualité du sable chaud qui te fait des caresses aux pieds, les mains qui se joignent autour d'un bol de nourriture à partager, et le soleil, et les dieux qui paraissent te bénir lors d'un bain rituel dans le Baobab sacré... Le Mali, avec sa danse mystérieuse de masques dans le pays dogon et sa fascinante histoire sur ses trois empires, où j'ai eu le privilège d'être le premier touriste à arriver à Gao depuis 2009. Et après le cauchemar avec les visas au Burkina Faso et le Benin, découvrir le quotidien du vaudou à Ouida ou Togoville, avec les enfants qui sautaient entre les statues des dieux et la vendeuse d'oranges en train de me raconter entre les arbres de racines liées qu'elle attend toujours à cet enfant qui n'arrive plus... Et tous les écrivains qui m'ont ouvert les portes de leurs maisons et de l'âme de ce mystérieux et bien-aimé continent qui autant te bat que te serre dans ses bras. Qui remue quelque chose à l'intérieur de toi et qui te fait penser comme Itxaso, une massai basque que j'ai connu en Tanzanie, qu'est-ce que je vais devenir quand je serai loin de l'immensité de l'Afrique?..." 



Il parle d'écrivains, car le voyage n'est pas que du plaisir. Son idée est de se faire avec des contacts dans les universités et de faire des entretiens à des auteurs différents, là où il va, pour sa thèse future sur la littérature africaine autour du réalisme magique. Sur son blog, Lolyplanet, César écrit son carnet de voyage et il poste des petites vidéos où il montre dès une fête Ashanti au Koumasi (Ghana) jusqu'à la mosquée de Djingayreber au Tombouctou (Nord du Mali). Dans son livre de bord, qui s'approche avec une grande curiosité et un énorme respect aux dizaines de cultures avec lesquelles César a l'opportunité de partager, il reprend aussi quelques expériences négatives, comme quand il est attaqué dans une plage et on essaya de violer à sa compagne de voyage. Cependant, mise à part cette expérience très dure, il juge que "le plus difficile a été d'apprendre à gérer la différence qui pressentent africains et occidentaux dans leur façon d'agir avec l'argent". 

D'après César, "le sentiment que n'importe qui  est sympa avec toi parce qu'il croit qu'à la fin tu vas lui donner de l'argent, même si ce n'est pas que pour ça, est très désagréable. Surtout quand le meilleur qu'ils possèdent est leur magique et légendaire hospitalité. Nous sommes plus cartésiens : soit je fait ça pour amitié et c'est complètement gratuit, soit c'est du business et on fixe le prix avant. Ils sont plus flexibles ou relativistes : vu que tu es mon ami j'attend seulement que tu me donnes un peu d'argent ; mais plus que cela, ils donnent de l'argent même à leurs grandes-mères quand ils vont les visiter, et s'ils n'ont pas d'argent ils n'y vont pas. En Afrique de l'Ouest, surtout au Sénégal, ça se mélange avec leur merveilleuse culture du partage. C'est le pays où j'ai vu le plus clairement que n'importe qui peut rentrer dans une maison et manger du bol commun duquel mange toute la famille. Mais ils attend de toi la même chose, et comme tu es blanc et on suppose que tu es riche, en théorie tu dois toujours donner et donner".




Il voyage avec ce qu'il a sur le dos. Il essaye de dépenser le stricte minimum et il reste dans des logements pas chers ou chez les gens qu'il a contacté au préalable à travers le système de couchsurfing. Il a une bonne conversation, excellente à mon avis, et un goût horrible pour choisir des chemises. Il rentrera bientôt en Espagne, mais dans son petit sac-à-dos il ramènera tellement de merveilleuses sensations et souvenirs qu'il sera marqué à vie par ce voyage. Partager avec lui un petit trajet de son incroyable expérience fut tout un plaisir. Partager avec vous les péripéties de César, le médecin de Burgos qui lisait à Chinua Achebe, c'est vous ouvrir les portes à un voyage extraordinaire. Penchez-vous sur son blog et découvrez-le par vous mêmes.

Thursday, 22 May 2014

La sirène qui avait peur de la mer

[Traduit de l´original espagnol par Itxaso Domínguez. Merci!!!]

Son nom veut dire "reine", mais je ne l’ai sut que plus tard. Ici j´ai décide de l'appeler "Mami Wata". Quand je l'ai rencontré, j’ai vu juste une jeune femme d'une grande beauté et d’une énorme bonté qui m’aidait tout simplement à trouver un restaurant.

Quelques jours plus tard, elle était assise entre mes jambes, le dos appuyé sur ma poitrine en regardant les vagues et la ville qui les bateaux allumé dessinent dans la distance. Nous étions assis sur la plage, dans cette frontière ensorcelée entre la lumière venant de la rue et l'obscurité de la mer. Je ne pouvais pas m'empêcher de me moquer de la confession selon laquelle elle avait peur de la mer.

Et tout à coup elle pousse un cri. Et un poids énorme m'écrase, m’immobilise les bras et me tenaille le cou. Un autre cri envole la jeune fille dans l'obscurité. Je ne peux plus respirer, mais je peux charger comme un taureau blessé et le traîner par terre à coups de pied. Je parviens ainsi à créer un sillon dans le sable, jusqu’à l'endroit où se trouve l'autre, sur Mami Wata, qui se résisté farouchement.

J'ai senti la peur de mon agresseur quand je suis arrivé à me desserrer un peu pour jeter mon portefeuille vers celui qui tenait Mami Wata, comme quand on lace un morceau de viande à une bête sauvage. En tant que tel, il soulève son museau le barrage et après hésiter pour un instant, il lâche la fille et attrape mon portefeuille.

Mon agresseur, qui s’est rendu compte que je ne veux pas me battre, ose parler en premier. Je vais te tuer, il grogne. Je me retourne et le regarde droit dans les yeux. Il n'ajoute pas quoi que ce soit.

Après me fouiller, ils ont galopé. Et les gens ont commencé à arriver. Après avoir résisté avec courage, toute la peur et la colère sont sortis et Mami Wata tremblait de la tête aux pieds, tels les feuilles d’un Baobab Sacré après les rituels. Elle ne pouvait pas marcher, comme les sirènes après avoir fait l'effort de se déplacer de la mer à la terre où tout pèse. Et elle pleurait. Elle pleurait pendant qu’une femme qui avait été attaquée la veille nous a aidés à arriver rapidement à l'hôtel "car sinon, la police arrive et ça sera pour le pire. Ils veulent aussi du fric." Elle pleurait pendant qu’elle montait les escaliers, et elle pleurait toujours, même si de façon plus calme, quand on l’a mit au lit.

Calme-toi, c'est fini, dis-je pendant qu’elle pleure pour nous deux, pour nous nettoyer de la haine et la bestialité humaine. Ce qui importe, c'est qu’ils ne t’on pas pas touchée, que nous sommes en vie et que c’est juste le cou qui nous fait un peu mal.

Une douche fraîche lui redonne le contrôle de sa belle peau, lumineuse comme si elle avait toujours des écailles, mais douce comme si elle venait de naître dans mes bras. Et ses mots arrivent enfin.

Si j'ouvre mes yeux, je le vois à nouveau qui s’élance contre moi – elle me chuchote. C'est normal, c'est le choc, je lui dis, mais cela aussi va passer. Regarde dans mes yeux...

Je pense qu'ils ont mal choisi, je pense alors que je la prends dans mes bras. Ils ont prit mon argent (ce qui serait le pire en Europe), mais je suis reste avec ce qu’il y a de meilleur en Afrique. Ils ont prit ses morsures de serpent et ses cris, mais elle m’offre ses caresses et ses baisers, cette belle sirène. Ceux qu’ils n'ont même pas su reconnaitre.

Je me souviens de la façon dont elle m’expliquait qu’elle faisait ses études de sociologie pour  contribuer au développement de son pays, en particulier pour récupérer les enfants des rues qui sont instruits dans la loi du plus fort. Elle m'a montré les blessures de sa ville, les lieux de prostitution et criminalité. Et elle travaillait pour ne pas avoir à dépendre d'un homme ou à accepter la polygamie qui avait tant vexé sa mère.

Je me souviens des histoires de son grand-père sur les blancs qui sont venus enlever les sirènes grâce à des pièges de miroirs, ou le rêve de son professeur de philosophie d'être aimé au moins une fois dans la vie par une sirène, d’accord avec ce que certains villageois avaient raconté avec fascination...

- Je ne vais pas laisser que tu partes jusqu'à que je ne te vois pas sourire, je lui dit en mettant de façon théâtrale mes lunettes scotchées. Et la magie est faite.

Mami Wata soulève son corps de statue de bronze et s’habille soigneusement. 

L’Afrique gagne. Une des meilleures femmes continuera de lutter chaque jour pour guérir les blessures de sa ville, qui sont maintenant les siennes. L’Afrique gagne parce que Mami Wata la déesse des eaux, la reine des sirènes a fait face à ses pires craintes, s’est levée à nouveau, et continuera de se tenir les pieds sur terre pour changer son monde.

Et c’est moi qui gagne. Car personne ne peut jamais te voler l’amour d’une sirène...